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Au Plaisir de Dieu - Série

Au Plaisir de Dieu Serie Récit de la naissance, de l’apothéose, puis de l’effacement d’une grande famille d’aristocrates français, à travers une galerie de personnages à la fois grandioses et émouvants, la famille de Plessis-Vaudreuil.

 

Des débuts mythiques au Moyen-Age, jusqu’à la disparition de la famille dans les derniers soubresauts du XXème siècle, Jean d’Ormesson nous conte l’histoire des siens à l’ombre de leur devise « Au plaisir de Dieu » : d’abord les hauts faits historiques à l’origine du renom de la famille, racontés avec humour et un solide sens de l’auto-dérision. Puis les grands commis de l’Etat, les cardinaux, les maréchaux. Puis le temps de l’exil intérieur avec l’abolition de la monarchie, l’avènement des temps républicains. Et enfin, la décadence, l’appauvrissement, les déchirures, avec le XXème siècle, ses guerres mais aussi ses mutations sociales vécues dans l’incompréhension par les derniers représentants de cet ordre ancien. La famille disparaît alors, faute d’argent, faute de sens aussi. Dieu nous aurait-il trahis ?

 

Pour le ton léger et poétique, pour la très belle langue, pour l’humour, pour la nostalgie qui s’en dégage, les romans de Jean d’Ormesson me ravissent. Ici s’ajoutent la précision de la reconstitution historique et l’émotion qu’il parvient à nous transmettre.

 

La construction du roman est originale, chaque époque reprend vie sous nos yeux à travers un ou deux personnages emblématiques de la famille; riche héritière allemande, grand-père vénérable, prêtre défroqué, étoile filante hollywoodienne, etc. Mais le personnage principal du roman, c’est le château. Le château de Plessis-lez-Vaudreuil, le roc inexpugnable, le symbole que chacun porte dans sa chair, où tous sont nés et morts, et dont la vente au rabais à l’orée des années 60 signe l’arrêt de mort de la famille.

 

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Au Plaisir de Dieu Serie

 

Ce roman fleuve a été remarquablement adapté en feuilleton télévisé en 1977 par Robert Mazoyer. Six épisodes de 90 minutes.

 

Contrairement au roman, organisé de façon thématique avec des coups de projecteur sur telle ou telle période illustrant un thème particulier, la série fait le choix du récit chronologique linéaire, choix compréhensible pour permettre de condenser l’histoire tout en conservant la cohérence. Ceci excepté, la fidélité au roman est exemplaire.

 

On démarre donc au début du XXème siècle, 1906, en pleine querelle des inventaires. Ce choix me paraît judicieux car c’est la période la plus intéressante, celle où tout bascule, où ce qui a toujours fonctionné jusque là va se gripper. La Belle Epoque est joliment restituée, puis les années 30, le dadaïsme et la folie financière, la montée du nazisme, la guerre, les camps, la Résistance, puis l’après-guerre, où le délitement familial s’accélère.

 

 

Si certaines interprétations ont beaucoup vieilli - acteurs très théâtraux parfois mal à l’aise devant la caméra - le personnage principal, le grand-père Sosthène, est incarné brillamment par Jacques Dumesnil. L’autre personnage principal est incarné par le château de Saint-Fargeau, retenu pour le cadre de la reconstitution.

 

Au Plaisir de Dieu Serie

 

Là aussi un très bon choix, qui permet de beaux plans en extérieur, assez évocateurs, comme la coupe des arbres par exemple, un cérémonial qui revient périodiquement à la même saison (c’est un des revenus principaux du domaine), coupe dont le rythme s’accélère insidieusement au fil des épisodes, et dont on comprend qu’elle symbolise la disparition prochaine de la famille, quand il n’y aura plus d’arbres à couper… En dépit des contraintes du genre télévisé, ce film rend bien le sentiment de lenteur et d’inexorabilité du temps qui passe et le confronte au bouillonnement du siècle des excès auquel la famille, une partie tout au moins, reste totalement sourde.

 

sosthène.dormesson

 

Je pourrais vous en parler longtemps, aussi bien du roman que du téléfilm (sachant que j’ai découvert le second en premier et que j’ai relu et visionné chacun une bonne dizaine de fois). Des deux côtés, de la belle ouvrage, chacune rehaussant l’autre. Un bon exemple de partenariat réussi entre la littérature et la télévision.

 

Au plaisir de Dieu, Jean d’Ormesson, Folio Gallimard 2008, (1974 pour la 1ère édition) 607 pages.

 

Au plaisir de Dieu, réalisation de Robert Mazoyer, 1977 pour la 1ère diffusion, coffret 4 DVD, 2006. (de ce Robert Mazoyer, vous connaissez peut-être l’adaptation des « Gens de Mogador », une autre saga familiale grandiose, dont je vous parlerai un jour…)

 

Ref : http://didouchka.over-blog.com/article-au-plaisir-de-dieu-48413471.html

 


 

Au plaisir de Dieu - de Jean d' Ormesson

 


critiqué par HildegardeVonBeaumont, le 26 mai 2009

(Beaumont - 45 ans)

 

La note: 8 etoiles

Un plaisir partagé

J'ai beaucoup aimé ce livre, même si je trouve que certains passages sont soporifiques, il fallait bien ça pour retracer l'atmosphère d'une famille française noble et finissant désargentée dans un siècle qui va plus vite qu'elle ! Jean d'Ormesson nous donne à sentir les idées et les sentiments de ceux qui se perdent dans une philosophie nouvelle de la vie qu'ils ne maitrisent pas toujours...on aurait presque envie d'aller aussi s'asseoir sous les tilleuls avec lui et de rêver au temps qui passe... un roman presque (je dis presque parce qu'il ne faut pas exagérer) "Proustien".... la Nostalgie encore et toujours !

 

 

Avec le temps, va tout s'en va.... 10 etoiles

 

Les incipits de romans ont longtemps fait, dans les oeuvres de Jean d'Ormesson' l'objet d'attentions particulières. Avec "longtemps, je me suis couché de bonne heure", ou encore "c'était à Meghara, faubourg de Carthage, dans les jardins d'Hamilcar" ou encore " le 15 mai 1796,le général Bonaparte fit son entrée dans Milan.....", "Je suis né dans un monde qui regardait en arrière" est à présent gravé pour moi comme un incipit digne des classiques.

Quel roman que cette histoire où les vrais personnages ne sont pas les personnages principaux!

En effet, en premier lieu, le personnage principal de ce roman, c'est le temps, le temps brisé par cette guerre de 14, qui marque en vérité le début du 20ème siècle. Celui immobile d'une famille qui ne veut pas voir l'avenir mais aussi, d'une famille rattrapée par l'histoire ( à travers notamment la Tante Gabrielle, qui ressemble fortement à la comtesse de Noailles, ou encore de Claude, tiraillé entre traditions familiales et secousses historiques). J'ai évidemment songé, à la lecture de cette oeuvre, aux pages de Brasillach dans "notre avant guerre" avec le voyage en Italie (en Espagne , chez Brasillach) ou au parallèle avec le destin de l'oncle Philippe dans le roman de Jean d'O et les errances de Brasillach ou de Drieu La Rochelle.

Le deuxième personnage, oh non, il ne s'agit pas du majestueux Duc de Plessis- Vaudreuil mais du Château, celui de la famille d'Ormesson en réalité, celui de Saint Fargeau. Dans le roman, le château de Plessis-Vaudreuil est au centre des intérêts familiaux, le port d'attache de cette famille qui finit par s’étioler.

Enfin, le troisième personnage du roman, non, toujours pas le grand père, mais Dieu, qui s'il n'intervient pas dans le roman, reste la référence absolue et autour de qui, l'histoire tourne invariablement.

Un livre superbe, frais, qui n'a pas pris une ride, avec des chapitres courts ("la prostituée de Capri" est d'une gaité incomparable), souvent autobiographique ("la lettre de Charles Quint", par exemple à propos du père de Jean d'Ormesson, il en parlera dans les romans suivants), parfois prémonitoires ("le vent du soir" sera pris comme titre d'un roman), voire recyclé-mais là , c'est du Jean d'Ormesson pur et dur, comme l'histoire d'Anne Marie, que l'on retrouve dans "les illusions de la mer".

 

"Au plaisir de Dieu" est un roman attachant et prenant, qui, pour les amateurs ne peut se détacher d'un des chefs- d'oeuvre de l'histoire de la télévision française avec l'adaptation de Robert Mazoyer en 1977, du roman éponyme.

 


 

Hervé28 - Chartres - 43 ans - 5 septembre 2011

au plaisir de Dieu 9 etoiles

 

Un livre avec de belles couleurs sur l'évolution d'une société.

 

 


Pat_one_2000 - - 34 ans - 18 avril 2010

Portrait de famille avec dinosaure 7 etoiles

 

Le Duc de Plessis-Vaudreuil, descendant de la vieille noblesse d’épée, est un homme d’un autre temps. Nous sommes au début du XXe siècle, mais le duc reste attaché aux valeurs de la monarchie. Ce réactionnaire qui lit l’Action française aurait pu faire un personnage détestable. Mais l’auteur en a décidé autrement : ce sera un regard empathique, souvent ironique, jamais méprisant.

 

Pendant deux décennies s’accomplit - avec un surprenant retard de cent ans - le ralliement de cette famille aux valeurs bourgeoises. Le fils ainé devient républicain et entre dans les affaires. S’ensuit une chronique de famille jusqu’à la quatrième génération.

 

D’Ormesson se focalise sur le glissement des valeurs au sein de cette tribu. Leurs convictions s’écroulent sous les flots de l’histoire et les jeunes descendants doivent apprendre à vivre avec leur temps. Exit le sens du devoir, de l’honneur, de la tradition ; arrive un nouvel idéal, l’individualisme. En entremêlant avec maestria le parcours des personnages et l’histoire mouvementée du XXe siècle, le roman est une réflexion sur la famille en tant que mythe, sur la grandeur et la décadence. Les personnages sont plutôt des archétypes, porteurs d’un certain choix de vie, plus précisément d’un engagement politique. Le seul qui n’est pas un archétype c’est le duc, ce patriarche réac dont je vous ai parlé tout au début. Il reste une référence tout au long de la chronique.

 

J’ai goûté la première moitié, mais je me suis ennuyé sur la deuxième : un trop long lamento à mon sens. Les pages les plus réussies m’ont rappelé Le Guépard et les Buddenbrook, deux autres chroniques sur le crépuscule d’une lignée.

 

Extrait :

« Claude

Quatrième fils de l’oncle Paul et de la tante Gabrielle, né en 1905. […] Hostile à l’argent. Veux devenir prêtre. Change beaucoup. Quitte le séminaire et renonce à l’Eglise. Part pour Moscou en 1934. Se proclame marxiste. S’inscrit au parti communiste ( ?). Participe à la guerre d’Espagne du côté républicain. Passe en Angleterre en juin 1940. Se met à la disposition du général de Gaulle à Londres. Participe à l’opération de Dakar. Fait le va-et-vient entre l’Angleterre et la France. Occupe des fonctions importantes dans la résistance. Veut fusiller Pétain. Arrêté en 1943. S’évade. Organise l’exécution de Philippe Henriot. Intervient avec ses frères, mais un peu à contrecœur, en faveur de Michel Desbois. Epouse Nathalie. Se rapproche des communistes après la retraite du général de Gaulle en 1946. S’en éloigne à nouveau, et définitivement. Meurt chrétiennement en 1971. Père d’Alain et de François-Sosthène. »

Cet extrait est tiré des Notes biographiques sur les principaux personnages.

 

Béatrice - Paris - 54 ans - 9 mars 2010

 

Ref : http://www.critiqueslibres.com/i.php/vcrit/19973?alt=print

 

 

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