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Spécial Crises (6) : 1998, l'explosion en vol de LTCM

Sixième volet de notre série de l'été sur les grandes crises économiques et financières de notre histoire. Aujourd'hui, retour sur la déroute du fonds LTCM en septembre 1998 précipitée par la crise financière russe et qui a provoqué une véritable onde de choc planétaire.

 

Le krach qui venait du froid. Le 17 août 1998, l'économie russe est au bord du gouffre. Le premier ministre Sergueï Kirienko annonce un moratoire sur le remboursement de la dette intérieure et dévalue le rouble d'un tiers par rapport au dollar. Dans sa difficile, voire chaotique, mutation vers l'économie de marché, la Russie n'arrive pas à maîtriser son déficit budgétaire et cumule une dette excessive supérieure aux recette totales d'un budget fédéral largement pénalisé par une évasion fiscale à grande échelle. Un mois plus tôt, le FMI a accordé à l'Etat russe un prêt de 22,6 milliards de dollars, en vain. Les investisseurs étrangers qui détiennent massivement des GKO, ces bons du trésor émis en rouble par le gouvernement russe mais rémunérés à des taux élevés, voient la valeur de leurs actifs chuter et retirent brutalement leurs capitaux (fly to quality). La monnaie russe poursuit alors sa descente aux enfers entraînant avec elle le système bancaire. Si les conséquences de cette crise financière sont dramatiques pour la population russe, elles le sont aussi pour le hedge fund LTCM qui a misé gros sur un retour à la normal des marchés obligataires américains, plus d'un an après la crise asiatique (voir chronique précédente). Or, les investisseurs paniqués par la crise russe ont reporté leurs liquidités disponibles sur les emprunts américains considérés comme plus sûrs. Le fonds, qui avait anticipé une baisse de ces marchés par des ventes à découvert massives, se trouve brutalement pris à revers. En quelques jours, le capital du plus prestigieux hedge fund américain s'effondre inexorablement.

 

Des stars qui voulaient battre le marché. L'histoire avait pourtant commencé comme un conte de fées made in Wall Street. En 1993, John Meriwether, un ancien courtier vedette de Salomon Brothers, décide de revenir en force deux ans après avoir été contraint de quitter son poste à la suite d'un scandale ayant impliqué ses équipes. Il rêve alors de constituer le fonds d'investissement le plus prestigieux des Etats-Unis. Aidé par la banque Merrill Lynch, il réussit en effet à recruter des spécialistes hors pairs des marchés ainsi que les futurs prix Nobel d'économie 1997, les professeurs Robert Merton et Myron Scholes, et un vice-président en exercice de la FED, David Mullins, qui démissionne pour se joindre à l'aventure. Sans surprise, les investisseurs affluent. Long Term Capital Management devient le hedge fund le plus important de Wall Street avec 1,25 milliard de dollars en capital de départ. Les performances tonitruantes des premières années ont de quoi impressionner : +20% en 1994, +42,8% en 1995, +40,8% en 1996 et +17,1% en 1997. Ces petits génies des marchés financiers n'ont pas fini de prendre des risques sans cesse plus importants pour dégager de l'effet de levier et empocher des plus-values mirifiques. Puis survient la crise russe, le pari de trop, l'explosion en vol...

 

Sauvetage à grande échelle. C'est le 18 septembre 1998 que la rumeur embrase Wall Street : LTCM serait en faillite ! Les marchés craignent la crise systémique étant donné les multiples positions nouées par le fonds pour le compte d'investisseurs institutionnels ou de particuliers. La FED presse alors les grandes banques d'affaires d'intervenir pour sauver le soldat LTCM. Près de 3,6 milliards de dollars seront injectés. Les semaines suivantes, les positions sont dénouées les unes après les autres entraînant des secousses sur les marchés. Ce sauvetage controversé permettra même à John Meriwether de rebondir dès l'année suivante en créant JWM Partners. L'homme, qui figure toujours dix ans après comme l'un des banquiers les mieux payés de Wall Street, rencontrerait ces mois-ci quelques difficultés avec deux de ses hedge funds ayant pris de plein fouet la crise des subprimes. Bis repetita ?

 

Julien Gautier

 

Ref : http://www.boursorama.com/votreinvite/interview.phtml?news=5747489


 

 

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